Dans un contexte où les entreprises recherchent performance opérationnelle, agilité et optimisation budgétaire, une question revient régulièrement :
Une Data Platform peut-elle remplacer un ESB ?
Chez DecideOm, nous observons souvent la coexistence de deux briques majeures dans les SI modernes :
– Une Data Platform, déployée récemment pour valoriser la donnée
– Un ESB (Enterprise Service Bus), historiquement utilisé pour l’intégration applicative
Faut-il maintenir les deux ? Peut-on rationaliser l’architecture ? Décryptage.
Qu’est-ce qu’un ESB (Enterprise Service Bus) ?
Un ESB est une architecture middleware d’intégration permettant aux applications d’un système d’information de communiquer via un bus centralisé.
Contrairement à une intégration Point à Point (P2P), où chaque application dialogue directement avec les autres, l’ESB joue le rôle de hub central. Les applications ne connaissent qu’un seul interlocuteur : le bus.

Son rôle principal
– Faciliter les échanges de données entre applications
– Orchestrer les flux
– Superviser les communications
– Éviter les intégrations point à point complexes (P2P)

Les limites observées
– Complexité croissante des flux
– Coûts de maintenance élevés
– Difficulté à mobiliser des compétences ESB
– Rigidité face aux évolutions du SI
Qu’est-ce qu’une Data Platform ?
Une Data Platform est une infrastructure technologique permettant de :
– Collecter les données
– Les stocker à grande échelle
– Les transformer
– Les analyser
Elle centralise l’ensemble des données de l’entreprise pour en faire un socle unifié et exploitable.
À la différence d’un ESB, son objectif premier n’est pas l’orchestration temps réel des flux applicatifs, mais la centralisation et la valorisation de la donnée.
Peut-on remplacer un ESB par une Data Platform ?
Le cas fréquent : l’interconnexion point à point
Dans la réalité terrain, nous constatons que l’ESB est souvent utilisé principalement pour gérer des interconnexions applicatives simples.
Autrement dit : il sert surtout à faire transiter des données d’un système à un autre. Dans ce contexte précis, une Data Platform peut constituer une alternative pertinente.
Comment fonctionne le remplacement ?
Stockage centralisé des données
Au lieu de faire transiter les données d’une application à une autre via un bus :
Les données sont ingérées dans la Data Platform
Elles sont stockées dans un référentiel central
La plateforme devient le point de convergence unique
Accès direct aux données par les applications
Les applications destinataires ne reçoivent plus des messages en transit.
Accèdent directement aux données dans la plateforme
Les récupèrent en temps réel ou en différé
Fonctionnent de manière asynchrone
Flexibilité et scalabilité accrues
Une Data Platform est conçue pour :
Gérer des volumes massifs de données
Monter en charge facilement
S’adapter aux nouveaux cas d’usage
Réduction des coûts et de la complexité
Remplacer un ESB dans un usage purement P2P peut permettre :
Réduction des coûts de licence
Moins de maintenance
Simplification de l’architecture SI
Diminution de la dette technique
Exemple concret : cas d’un e-commerce
Prenons un acteur e-commerce devant intégrer :
Son système de gestion des commandes
Son système d’inventaire
Son CRM
Son système logistique

Avec un ESB
Chaque interaction transite par le bus central.

Avec une Data Platform
– Les données commandes, clients, stock et logistique sont ingérées et centralisées
– Les systèmes accèdent aux données selon leurs besoins
– Le CRM exploite les données pour l’analyse et la personnalisation
– Les flux peuvent être temps réel ou batch
La plateforme devient à la fois socle d’intégration simplifié et levier analytique stratégique.
Attention : une Data Platform n’est pas un ESB
Il ne s’agit pas d’un remplacement systématique. Une Data Platform :
Ne remplace pas toujours les besoins d’orchestration complexes
Ne couvre pas forcément les exigences de transaction temps réel critique
N’est pas conçue initialement comme middleware applicatif
Mais dans de nombreux cas, notamment lorsque l’ESB est utilisé majoritairement pour des flux simples, il est pertinent de réévaluer son architecture.
Les bénéfices stratégiques supplémentaires
En centralisant les données dans une Data Platform, l’entreprise :
Constitue une source de vérité unique
Prépare les futurs cas d’usage data
Facilite les projets BI, IA, reporting
Répond plus facilement aux évolutions réglementaires
La plateforme devient alors un actif stratégique, et non plus seulement un outil technique.
Conclusion : faut-il remplacer son ESB par une Data Platform ?
Sous ce titre volontairement provocateur, la réponse est nuancée :
– Oui, dans certains contextes d’interconnexion simple
– Oui, si l’objectif est de rationaliser l’architecture
– Oui, si la Data Platform est déjà mature
– Non, si l’ESB porte des logiques d’orchestration critiques et complexes
Mais dans de nombreux cas, notamment lorsque l’ESB est utilisé majoritairement pour des flux simples, il est pertinent de réévaluer son architecture.
La bonne approche consiste à :
Auditer les usages réels de l’ESB
Identifier les flux purement P2P
Évaluer la maturité de la Data Platform
Définir une trajectoire d’urbanisation SI cohérente

Aurélien Loth
Consultant Data chez DecideOm



